Note d'Or

Poésies et Histoires pour votre plaisir!

Jun-9-08

Naissance d’un quartier (suite)

Posted by Nancy

Pendant plusieurs mois nous devions récupérer le courrier à la poste centrale n’ayant encore ni le service organisé ni les boîtes aux lettres. Des achats particuliers devaient être faits à Miami ou assez loin de chez nous. Miramar (vue de la mer) n’offrait pas grand-chose à Silver Shores (baies d’argent). Cependant au club house, la piscine, une aire de jeux pour enfants et une salle d’exercices permettaient aux rares habitants une forme de détente.

Le matin je marchais quinze minutes pour me rendre à mes cours d’aérobic, utilisant ce moment pour admirer quelques canards barbotant dans le lac. Je pouvais aussi profiter du lever du soleil tout en observant l’homme de service sur son véhicule moderne coupant le gazon.

Les jardiniers continuaient d’amener d’autres arbres sur la grande artère principale tandis que l’élaboration des trottoirs se poursuivait.

Seuls certains lampadaires installés à l’entrée pour faciliter le contrôle garantissaient une sorte de protection de l’intimité ; néanmoins celui-ci laissait à désirer même en matinée. Les agents de sécurité en faisaient à leur guise ne comprenant pas encore le fonctionnement naturel de la communauté comme évident.

Comme nous avions l’eau, nous devions penser à l’arrosage du gazon et des plantes. Mais il s’avéra que les jets ne fonctionnaient pas tous comme il faut et plusieurs à l’arrière de la maison avaient été abîmés par les ouvriers construisant la maison voisine. C’étaient les inconvénients inhérents aux chantiers alentours.

La tradition d’habiter un chantier nous avait accompagné ici. Dans notre maison, pendant longtemps nous avons vécu avec la présence des matériaux occasionnés par des travaux de reconstruction et de transformation.

A la fin de la première année, le quartier avait déjà l’allure qu’il garde encore. Toutes les rues sont éclairées, les boîtes postales sont en place, les arbres se sont enracinés. Des moineaux nous réveillent désormais et les corneilles se sont faites plus rares, n’ayant plus la possibilité d’atteindre les ordures. Un camion fait le ramassage deux fois par semaine et tous les déchets sont dans des poubelles fermées. Les canards ont proliféré et visitent désormais les aires habitées. On ne les voit guère dans le lac. Les ibis viennent picorer dans les gazons les vers qu’il leur faut, sans souci d’être chassés.

Un village s’est créé au cours d’une année seulement; malheureusement les voisins se sont succédés si souvent qu’il n’a pas encore le vrai sens de la communauté comme on pourrait la comprendre. Des liens ont perduré avec les deux ou trois personnes du début, mais ils sont fragiles. On dirait que l’on a peur de s’attacher pour ne pas souffrir le moment venu de partir. Hélas, c’est peut-être une bonne raison ! Heureusement que cette sorte d’indifférence s’efface au moment des cyclones. Tout le monde se met au service de tout le monde pour la protection des vies et des biens. Faudrait-il souhaiter des cyclones plus souvent ? Faut-il absolument un état d’urgence pour nous ouvrir un peu plus humainement à l’autre ? C’est tellement dommage !

Tandis que l’on s’activait pour donner vie aux maisons, les magasins eux aussi se mettaient en place. Des terrains vagues autour, j’ai vu successivement s’élever les Ross, Marshall’s, Wal-Mart, Target, Home Depot et compagnies. Il ne manque rien à notre quartier. En moins de cinq minutes nous pouvons choisir entre Publix, Winn Dixe ou Costco pour nous approvisionner en un article ou un autre. Des pompes à essences, des instituts de fitness, des restaurants connus ou des nouveaux, des magasins organiques, des cinémas et des parcs. Des pharmacies et des pizzerias, la cuisine chinoise ou japonaise, des beauty salon et tout ce qui fait de l’Amérique le pays de l’abondance. Bientôt sera en fonction le superbe whole food spécialiste des aliments et autres produits organiques pour satisfaire la nouvelle clientèle consciente depuis peu de la nécessité de bien se nourrir et se soigner.

Je ne cesse de m’émerveiller de toute cette vie qui s’est élaborée autour de notre maison depuis sept ans. J’ai assisté à la transformation rapide des grands espaces vides, puis je me suis rendue compte que même la maison a également évolué en ma présence malgré mes nombreux déplacements. Comme si j’avais un rendez-vous avec les changements projetés.

Il y a quand même le salon qui occupe l’espace longtemps servant d’espace de jeux aux petits. Puis le nouveau mobilier du séjour, la tente de la cour et les buissons paravents devant les fenêtres de la cuisine qui ne m’ont pas attendue pour s’installer. Il fallait bien qu’elle s’émancipe sans moi la maison ! Cela n’enlève rien à notre complicité ni ces petits riens qui m’y ont attachée au point de me serrer un peu le cœur quand je dois repartir. Et j’aurai à mon retour l’accueil des rosiers et des perruches et bien sûr de mon amie la tourterelle !

Jun-8-08

Naissance d’un quartier

Posted by Nancy

La première fois que je vis Silver Shores, c’était pour le Grand Opening d’une communauté prochaine dans la ville de Miramar. Des gens se rendaient en foule pour choisir emplacement et modèle de leur future maison. Nous étions parmi ceux-là. J’accompagnais mon fils dans sa nouvelle acquisition qui se révélait être une étape d’un autre ordre, puisque d’un town-house il allait expérimenter une maison individuelle.

Aux Etats-Unis, les maisons particulières ne sont pas permises à tout un chacun, les gens habitent plutôt des appartements. Cependant, le projet d’une ville neuve ayant un caractère méditerranéen avait germé dans l’esprit des bâtisseurs avec l’accord de leur gouvernement. Il fallait rendre accessibles à une majorité des maisons individuelles cadrant davantage avec la nouvelle conception.

Ce qui me plait de vous relater est la naissance de cette communauté que j’habite en Floride en alternance avec ma résidence haïtienne.

Mon fils a été le premier à loger dans la parcelle B de Silver Shores. Je me souviens avec assez d’acuité du vaste chantier autour de nous. Des bruits incessants et des corneilles gourmandes qui s’amusaient à éventrer les sacs poubelles devant la porte. Aucun service de voierie n’était encore en place. Il nous fallait nous rendre ailleurs pour déverser les sacs. Cependant, les oiseaux ne nous accordaient aucun répit s’il nous arrivait de paresser pour jeter les ordures. Quand mon fils n’était pas disponible certain jour, je me chargeais de les chasser pour lui donner le temps. Néanmoins, souvent ils me devançaient et c’était la corvée inévitable !

Notre jardin était souvent envahi par les ouvriers qui venaient s’approvisionner en eau ou parfois juste se reposer. Partout les matériaux de construction empêchaient ce bienfaisant répit. Cette opportunité de trouver une certaine forme d’accueil ne fut pourtant pas le souci de leur reconnaissance quand ils eurent chapardé notre tuyau d’arrosage. L’indélicatesse de quelques-uns priva les autres de ce bienfait, car les responsables interdirent désormais notre cour aux ouvriers, après avoir reçu nos doléances.

En moins d’un trimestre, les voisins s’amenèrent et le cul de sac fut occupé. Le travail de construction me fascinait. Jamais je n’avais connu une telle technique ! L’armature de la maison était constituée de poteaux en fer sur lesquels étaient déposées des poutres en bois. Les murs creux s’élevaient d’une fondation en béton puis se recouvraient de plâtre. Plancher et plafond s’élaboraient sur cette base. Les fils électriques et les conduits de téléphone couraient dans les espaces à combler avant d’etre intégrés dans des tuyaux en plastique.

Tous les toits sont ornés de tuiles rouges s’harmonisant avec les beiges, les roses et les ocres des maisons. Un jardinet garni de palmes disposés en triangle accueille à la façade où court un buisson d’hibiscus. Mis à part de rares changements de plantes, tous les jardins offrent la même allure. Les façades des maisons diffèrent pourtant s’il s’agit, de Bentley, de Savoy, d’Avallon ou de Graham, soient les modèles proposés.

La manie uniformisatrice de l’Amérique, par souci d’égalité peut-être, avait réuni une majorité de Bentley dans notre parcelle, à notre grande déception. Nous pensions vraiment qu’une maison individuelle nous redonnerait cette originalité haïtienne à laquelle nous aspirions même en terre étrangère. Enfin il fallut bien accepter l’évidence du pays qui nous recevait.

Matin et soir je faisais de grandes promenades m’ébahissant de la rapidité des constructions dans les rues avoisinantes. En même temps que les maisons s’érigeaient, les trottoirs se construisaient. Aux bords des allées piétonnes étaient déposés des arbres adultes retenus par des cordes fichées en terre. Cela aussi m’étonnait grandement, je ne croyais pas qu’un arbre puisse prendre racine passé l’âge adulte. Tous les arbres étaient pareils. Je me réjouissais de ma chance d’avoir plus de liberté dans mon pays. Pourtant une certaine harmonie se détachait de l’ensemble et mes promenades me valaient quelques sympathiques saluts. Cela aussi me changeait de l’habituelle indifférence américaine. Des personnes chaleureuses faisaient oublier les autres qui n’avaient rien à offrir, il y avait l’espoir d’une véritable communauté.

Mon récent voyage d’Europe m’a apporté cette certitude du changement dans le monde. Les gens se reconnaissent frères, il semble. Pour la première fois je sentais l’affection de ceux que je rencontrais ; à Paris surtout, qui malgré tout avait l’air de s’humaniser.

Un lac artificiel donne l’illusion d’une plage à certains riverains et les grandes fougères complètent le décor voulu méditerranéen. L’Amérique avait mis l’Europe dans ses murs !

A suivre

Sep-14-07

Decouverte

Posted by Nancy

Je m’apprêtais à monter en voiture quand je les vis. Ils étaient une dizaine, peut-être un peu plus, groupé au pied du petit arbre marquant l’extrémité de la propriété.

Plus surprise moi-même qu’ils ne l’étaient à ma vue, je les observais intriguée. Que faisaient-ils là ? Pourquoi avaient-ils l’air si habitués aux lieux alors que je les voyais pour la première fois ?

Ils se mirent lentement sur les bords laissant la voiture passer. Puis, sans plus se soucier de nous, ils s’adonnèrent à leurs propres affaires. Je continuais de les regarder à travers les vitres du véhicule, m’interrogeant encore sur la raison de leur présence et leur provenance.

A leur allure et leur aspect on s’attendrait plutôt à voir cette espèce aux bords des rivages ou des berges. D’un même blanc, ils s’attelaient avec des gestes identiques et une pareille résolution à fouiller l’herbe à leurs pieds. Ils semblaient trouver quelque chose à leurs goût car ils manifestaient leur contentement par de petits grognements significatifs.

Je les perdis au tournant mais je restais abasourdie devant l’énigme auquel ils me soumettaient à leur insu.

Autour de moi, personne ne pouvait les identifier. Alors je m’adressai à Google par le biais de l’internet. En essayant de faire ma recherche à partir de ce que je devinais ou connaissais, je finis par trouver l’image de mes visiteurs du matin.

J’appris leur présence constante dans les régions tropicales d’Amérique où ils ont leur habitat. Ce sont des êtres à l’esprit grégaire et sociaux. Ils se nourrissent d’insectes et de vers vivant dans l’herbe de la plupart des cours et jardins. Ils étaient donc tout à fait à leur place près de chez moi et leur placidité tout à fait expliqué. Ils aiment bien les écrevisses et les petites grenouilles également.

Ils étaient donc des compatriotes ignorés ces ibis blancs. Si longtemps que je vivais dans la région sans jamais les rencontrer ! J’aurais pu être désolée si je n’avais eu ce matin la grâce de leur présence. Par chance je les revis le lendemain. Leur nouvelle visite me prouvait leur pardon à mon égard de les avoir ignorés jusqu’ici.

On vit ainsi avec des gens dans le même quartier, souvent sans les connaître ni même sans jamais les voir ! Cette indifférence anormale envers nos pareils n’était pas toujours de mise. Nous ne prenons plus le temps de vivre et de savourer les instants . De découvrir notre environnement et d’en apprécier les valeurs. A quand le retour du vwazinaj se fanmi (Les voisins sont la famille) avec lequel j’ai grandi dans notre beau pays !

J’ai eu la joie de découvrir l’ibis blanc, puissiez vous chers amis faire également une découverte agréable qui vous ravira le coeur pour longtemps.

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Mar-20-07

Francophonie

Posted by Nancy

Cela voudrait dire : ensemble des pays ou la langue officielle est le français, ou promotion pour ne pas perdre la langue française acquise par la colonisation. En plus clair, garder les liens d’intérêts. Tout ça c’est très bien, mais je voudrais réfléchir un peu avec vous sur la signification de la francophonie en Haïti.

Aujourd’hui met fin à une quinzaine consacrée à la francophonie. Des manifestations culturelles et co…. Mais le quart de la population ne s’exprime pas en français, les trois quart ne le comprennent pas du tout. La langue se perd dans le milieu, car sous l’action des politiciens de tous bords, le créole est surtout la langue officielle désormais. A l’école le programme de l’Education Nationale revisée déjà sous le gouvernement de Jean-Claude Duvalier préconise d’enseigner le français comme langue étrangère, pratiquement aux abords du secondaire.

Je me suis toujours demandée pourquoi le gouvernement n’ouvrait pas des maternelles publiques avec des jardinières d’enfants compétentes, pour éduquer dès leur jeune âge les petits Haïtiens dans tous les domaines d’éveil mais aussi à parler non seulement le français mais également l’anglais et l’espagnol.

Pourquoi ? Nous avions déjà hérité d’une culture française de part nos origines, dont nous ne pourrons jamais nous en défaire. Autant donc bien connaître cette langue désormais nôtre pour nous ouvrir au monde francophone. Nous sommes situés en Amérique, avantage non négligeable, surtout que les Etats-Unis constituent l’Eldorado pour nos compatriotes. La moitié de l’île est hispanique et l’Amérique du Sud n’est pas loin non plus. Vous voyez la chance qu’auraient les petits enfants d’avoir ces trois atouts linguistiques, en plus des autres matières scolaires à leur portée !

Les écoles maternelles restent privées avec pour fréquentation une certaine élite quand elles sont “classes”, sinon les enfants vont plutot en garderie plus ou moins surveillées quand elles sont “peuples”. Dans les premières ils sont plutðt bien formés et parlent français ; parfois même recoivent un rudiment d’anglais. Combien sont de cet acabit ? Les autres continuent de parler créole et de baragouiner un semblant de français. Au lieu de ramener les ignorants à un plus haut niveau on va les rejoindre dans leur incurie.

Ainsi pendant quelques années j’ai enseigné le français en sixième secondaire, appelée depuis septième année fondamentale. La première année le livre utilisé était encore à la portée des élèves. Nous avions pu terminer le programme sans grandes difficultés, bien que parler français dans la cour de l’école n’était plus exigé et que la promotion du créole se faisait à grands renforts de slogans comme : le français est pour les bourgeois, et les zuzu.

La deuxième année je n’ai pu voir que la moitié du livre, l’année d’après on utilisait le bouquin du certificat d’études primaires. Quand je dû traduire en créole le petit fascicule émis par l’Alliance Française titré le Français Facile, je donnai ma démission comme professeur de français. La situation a continué à se dégrader et la population s’est installée dans le créole fière de dire ; ” se kreol mwen konn pale” (Je ne parle que le créole)

Alors aujourd’hui quel est le sens de la francophonie chez nous ? Le ministre, en faisant appel aux rares personnes qui parlent et comprennent encore le français pour organiser des manifestations culturelles à Port-au-Prince, bien sûr, afin de plaire au gouvernement français qui ne nous lache pas, sans trop nous tenir; se ment à lui-même je crois.

Ceux de chez nous, qui sont des écrivains connus, des hommes de lettres renommés, sont ou d’un certain âge ou d’un âge certain. Les quelques plus jeunes ont reçu leur formation ailleurs, heureusement. Les francophones haïtiens habitent les Etats-Unis et leurs enfants ne parlent plus français.