Note d'Or

Poésies et Histoires pour votre plaisir!

Aug-12-10

Rencontres à Prospect Parc

Posted by Nancy

Cet après-midi là, comme souvent, j’accompagnais ma belle-fille et son  fils, mon petit-fils au parc. Son père et ma fille s’étaient joins à nous cette-fois.

Alors qu’en général nous nous rendons directement dans l’espace aménagé pour enfant, cette fois, notre garçon voulu marcher; en l’attendant, le mieux était de nous trouver un banc.

Un homme occupait déjà celui devant nous, mais à côté, un banc vide nous convenait. Cependant aimablement en anglais il nous invita à utiliser le sien pour mieux nous installer. Ayant accepté, nous ne fîmes pas trop attention à notre homme , continuant notre conversation. Dès qu’il nous entendit parler créole et français, c’est la coutume de mélanger nos langues en parlant, il s’adressa au grand-père en ces termes :

” Ou se moun Jacmel ?”

Non répondit celui-ci

” Moun Pétionville !”

Depuis quelques années, “On” a décidé que les Haïtiens au teint clair devraient être de Jacmel, la réponse de Jacques laisse notre compatriote perplexe aussi continue-t-il son interrogatoire :

“Wi, men de ki provins ou soti?”(De quelle province êtes vous originaire?)

Pétionville, Mwen se moun Petionvil! ( Je suis de Pétionville)

“Ou dwe lan 60 passe?” ( vous devez être âgé de 60 ans passés?)

“swasantdis’ (soixante -dix)

Ayant déjà assumé que Jacques était forcément de Jacmel, l’âge avoué, le confirme dans ses présomptions,car aucune personne d’un certain âge ne pourrait avoir vu le jour à Pétionville néanmoins il répond :

” Mwen se lanri des Mirak mwen te gen kay” ( Moi j’avais ma maison à la rue des Miracles)

Ceci pour ne pas être en reste avec Jacques.

Et les voilà partis dans la politique du pays avec les commentaires appropriés sur certains des candidats. C’est le sujet préféré des Haïtiens qui se rencontrent à l’étranger).

Il veut maintenant savoir si j’habite ici à New-York, sinon je peux obtenir des papiers pour rester car le pays n’offre plus rien depuis le terrible tremblement de terre je n’ai donc plus à y retourner.  Lui, il a perdu sa maison au cours du séisme, Haïti pour lui c’est terminé. Cependant le nouveau président pourra sûrement redresser la situation.

Ah mes chers frères et sœurs du pays jusques à quand garderez-vous votre naïveté!?

Au moment de partir, il se lève et nous accompagne habitant la même zone

Nous nous sommes faits une nouvelle connaissance que nous retrouverons sur son banc chaque fois que nous serons au parc.

Aujourd’hui, nous sommes déjà installés au petit parc d’enfants, quand une jeune femme s’amène avec deux enfants, deux filles, l’une entre 4 et 5 ans l’autre, un bébé de quelques mois. Je ne sais pas encore que c’est une compatriote. J’observe tandis que Jacques surveille notre petit-fils. La maman déballe un sac d’où elle tire un bol de riz et pois. l’ordinaire des Haïtiens, il y a peut-être même un morceau de poulet, j’ai presque l’assurance qu’elle est de chez nous, mais elle ne parle qu’anglais jusqu’ici. Bientôt impatientée car l’enfant qu’elle nourrit se distrait elle dit :

Rete trankil si ou pa vle mwen pini-ou ! (Reste tranquille si tu ne veux pas êtrepunie.) Maintenant je suis sûre, de mon intuition mais je ne dis rien.

Sans rime ni raison apparente, elle recouvre la voiturette du bébé d’une moustiquaire et inonde son aînée d’un aérosol. Je lui fais remarquer qu’il fait très chaud et que le bebe n’a pas l’air de trop aimer son voile, puisque ses petites mains si agrippent avec désespoir.

Elle me réplique :

Mwen sot senti yon moustik, mwen pa vle sa menm ! denieman mwen sot Ayiti

ti piti-la te gen de kòn lan fron-li, lan tout foto yo tout moun te ka wè de kòn yo! ( Je viens de sentir un moustique, je ne veux pas de çà, dernièrement j’étais en Haïti  mon bebe a attrapé deux cornes au front, toutes les photos montraient ces cornes!)

J’ai souri en silence, tandis qu’elle insistait pour que sa fille passe le produit sur sa figure aussi alors que la malheureuse de la poussette se demandait à quand sa délivrance. Je me suis demandée si elle ne venait pas au parc pour montrer à tout le monde qu’elle n’etait pas n’importe qui et qu’elle donnait le maximum de confort à ses enfants.

De plus, le bébé semblait tout à fait être de “Jacmel”, c’est un privilège à conserver !

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