Il fut un temps au pays, régnait un dictateur mégalomane. Il n’aura pas été le seul mais il sera compté parmi les plus célèbres, pour ne pas dire comme le plus célèbre à demeurer dans la mémoire collective.
Son gouvernement a connu quelques réalisations dont les traces, exceptionnellement, perdurent, car en général nous faisons disparaître tout ce qu’un ancien président accomplit durant son mandat. Nous recommençons à chaque fois, car souvent c’est sous l’emprise de la colère populaire amenant des coups d’état que les gouvernement s’en vont.
Celui-là est mort tandis qu’il était encore au pouvoir, bien sagement; il a même eu des funérailles officielles. Ce fait constitue une exception car les deux mêmes cas historiques le précédant, ont eu des fins tragiques subissant la révolution. L’un s’est suicidé, l’autre a disparu dans son palais bombardé.
La puissance dictatoriale de ce président, dont je vais relater quelques anecdoctes, a subsisté plusieurs années même après sa mort.
A président particulier donc, faits extraordinaires. Parmi ceux-là, je vous citerai ceux que j’ai vécus de la force policière d’alors qui était constituée de soldats de l’armée nationale. En voici la première :
Nous nous rendions à Port-de Paix dans le Nord-Ouest. Tous les véhicules devaient être inspectés. Il fallait qu’à tout moment le président puisse personnellement repérer les opposants éventuels et les éliminer. Il recevait donc des rapports de tous les postes de police. Alors là, je me demande encore quelle tête il a dû faire en lisant celui nous concernant.
En effet, le policier l’avait rédigé sur une pelure de canne à sucre, seul moyen dont il disposait. Qui pis est nous dûmes lui fournir la plume. Je ne m’attarde pas sur l’orthographe de ce qu’il a pu écrire car c’était en général des quasi analphabètes qui étaient engagés sous les ordres des officiers.
Et même on a vu une sorte de sergent accédé au grade de colonel en l’espace d’une semaine. Chaque jour le président l’en dotait d’un. Mais comme c’était une première, les personnes encore sensées à ce moment historique se sont étonnées et ont protesté en silence sans pouvoir empêcher que d’autres cas semblables se multiplient.
Un des bénéficiaires de ces promotions intempestives a eu le bon sens et la sagesse de se réfugier dans une ambassade où les appels du président n’ont pu le déloger. Il est parti à l’étranger pour ne plus revenir. Une autre sera celle-ci :
Quand je passais au poste du Cap-Haïtien, la Barrière-Bouteille, ce que je faisais souvent puisque j’étudiais à la capitale, et revenais dans ma ville à chaque vacances, je m’amusais énormement à entendre les passagers du bus répondre n’importe quoi au soldat qui écrivait leurs noms dans un registre cette fois, mais, qu’écrivait-il? Des noms d’acteurs de cinéma, dont il n’avait jamais entendu parler, bien sûr.
Je suppose que le président en a eu assez un beau jour de lire ces listes fastidieuses et nous a laissé la liberté de rentrer chez nous sans inspection. Une liberté toute provisoire, car au moindre bruit de débarquement cela recommençait avec la même ténacité et dans la même incurie.
Les années n’ont pas amené plus de normalité, car quel n’a pas été mon étonnement de voir deux postes de police permanents établis dans des véhicules. Ce sera ma dernière anecdocte :
Les “pick-up” que je croyais en panne pour les voir chaque jour à la même place, cachant à peine des immondices entre leurs roues, abritaient des policiers qui s’y relayaient. Et comme je constatais une fois de plus la négligence et le peu de sérieux de la police, j’appris qu’elle changeait de zone de temps en temps. C’étaient donc des postes mobiles.
Je ne ferai aucun commentaire sur ces faits, je vous en laisse le soin chers lecteurs.
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