Note d'Or

Poésies et Histoires pour votre plaisir!

Aug-5-12

Paon Bleu

Posted by Nancy

Voici un chef-d’œuvre de la nature assez rare mais qui pour une raison inconnue parcourt les rues de ma capitale.

Cependant cette photo a été prise en Floride.

Il est peut-être 2h du matin, je ne m’inquiète pas de savoir l’heure. La rue est déserte, les trains se rarefient. Cependant même vides,  ils continuent de passer. C’est ainsi que j’ai pu observer un unique voyageur descendant de l’un d’eux. Il est étrange dans ce décor vide où les feux de la rue continuent inlassablement de réglementer une circulation inexistante.

Dans le ciel, la lune à son dernier quartier avant qu’elle ne soit pleine, prend son temps pour achever son cycle. Une brume partielle cache les building d’en face tout en mettant une note de mystère dans le décor. Une paix m’envahit et une pensée de gratitude me vient à l’âme. La beauté  du moment, éclairé par la lune, me fait penser que partout dans le monde, la nature met sa touche personnelle pour nous réjouir le coeur.

A 3h heures , j’ai regardé le réveil pour vérifier la cadence des trains à cette heure, un train s’avance, déchargeant une douzaine de personnes. Est-ce des couche-tard puisque nous sommes au vendredi? Est-ce des employés rentrant finalement chez eux? Je m’amuse à trouver de multiples raisons à leur présence tardive sur le quai. Mais en définitive ne sommes nous pas à New-York où la vie se ralentit à certaines heures mais ne s’arrête jamais !?

Quand enfin je retrouve mon lit, il est déjà presque 4 heures et les activités de la rue reprennent…

Néanmoins j’ai vécu une formidable expérience qui valait vraiment la peine de raccourcir ma période de sommeil.

Mar-1-11

Les Cris de la Rue

Posted by Nancy

Dès potron-minet comme dirait l’autre, les cris des vendeurs de rue se mêlent aux chants des coqs. Certains sont des hommes émettant une mélopée indéchiffrable ou du moins à mon sens, car les clients savent ce qu’ils proposent.

Je comprends mieux ce que disent les marchandes. Ce sont soient des légumes ou des œufs frais ou encore des fruits. La nouveauté pour moi est de découvrir ce matin l’une d’entre elles proposer un petit déjeuner ambulant ; pain, banane et œuf bouilli dur. Dans une « bak » (plateau) elle promène les composants en modulant une phrase musicale :

« Men pen,fig, ze bouyiiii ! »

Elle répète son mantra en déambulant à travers les rues attirant les acheteurs potentiels. Je trouve formidable cette force de vie qui pousse cette femme à livrer ce substantiel petit déjeuner pratiquement au lit. Tous ceux, sachant compter sur elle, les « pratik »(les clients habituels), peuvent prendre le temps de s’habiller, de faire « repase » (revoir) leurs leçons aux enfants, nettoyer en vitesse leur logis ; car ils ont un souci en moins. Le premier repas du matin les attend pour une modique somme de 25 ht gourdes (l’équivalent de $50cts) ou moins, suivant le change par rapport au dollar américain. Pour une majorité cependant ce sera encore trop cher. Ceux-là se contenteront d’un café et d’un pain « beurré » au mamba (beurre d’arachides) qu’ils trouveront au coin, là ou une marchande offre ce service pour moins cher. La vie dans les rues est intense surtout après le tremblement de terre.

Revenant à la vendeuse de ze payi (œuf du pays), je constate avec bonheur que mes compatriotes malgré leur misère et leur dénuement font encore le bon choix en insistant sur la valeur d’un œuf pondu par une poule saine sans « colorant ni additif » heureuse de chanter chaque nouvel œuf. Tant d’amour dans cet œuf, tant de dévouement et tant de volonté de survivre à tous les déboires ! Mon admiration est sans borne pour ces personnes simples le plus souvent illettrées et analphabètes, mais au raisonnement si judicieux… !

Pour mes lecteurs qui connaissent leur figue, je précise ici qu’il s’agit de la banane que nous autres au pays appelons figue-banane ou figue en plus court. Quand on a mangé un œuf du pays, avec un pain et une figue, on peut tenir toute une matinée avant le prochain repas qui souvent se prendra le soir.

Le  bon côté de la vie haïtienne, c’est de façonner des personnalités à toute épreuve. Ce qui donne la possibilité de tirer profit du milieu et de découvrir mille usages à ce que l’on peut trouver pour survivre et même vivre tout simplement et trouver de la joie à sourire pour accompagner le « bonjou frè », (bonjour frère), « bonjou sè »(bonjour sœur). Leur cœur sait que nous sommes tous de la même famille et c’est cela l’important.

Jan-9-10

Mont Shasta (suite)

Posted by Nancy

Nous sommes au 24 décembre pour notre premier réveil. Sitôt hors du lit, Fabian et moi gagnons les rues. Un froid vif saisit nos narines tandis que nos yeux s’émerveillent de la proximité de la montagne devant nous.

Nous rentrons bien vite pour mieux nous vêtir et empruntons la voiture pour une reconnaissance du village. Nous sommes au milieu des montagnes enneigées s’étalant tout autour! Les rues par contre sont nettoyées de leur récente neige .

Il n’y a presque personne dans les rues, le réveil ici ne semble pas très matinal bien que le train passe dès “potron minet”.

Ce silence bienfaisant et particulier s’étale dans les moindres recoins. Fabian le qualifie d’actif.

Nous rentrons pour attendre que Méroudji s’habille et qu’Henri, invité de notre propriétaire, vienne nous retrouver pour nous indiquer où aller pour nous approvisionner. C’est son deuxième séjour ici alors que nous n’en sommes qu’à notre premier.

Au super marché j’ai la surprise de trouver des rayons très bien garnis avec des produits de qualité, des fruits et des légumes, et tout ce qu’il nous faut. Les habitants ne vivent pas si reculés que cela ! La plupart des magasins et restaurants fermeront le 25 et le 26; il nous faut être bien pourvus pendant cette fermeture.

Les courses achevées, nous déposons le tout à la maison et partons faire un tour des magasins, admirer les cristaux dont Shasta a la spécialité des ventes.

A soul connections nous faisons la rencontre d’Agnès qui, nous entendant parler français, se réjouit de pouvoir s’exprimer dans sa langue. Elle est de Tahiti et la similitude de sons avec Haïti en plus de notre langage commun nous incite à bavarder et à trouver notre rencontre formidable. Nous décidons de la retrouver au Best Western où elle est logée avec ses deux enfants pour passer la soirée de Noël.

Le silence de Shasta n’est jamais affecté par les bruits familiers, la corne bruyante du train au petit jour, les conversations ou autres. Nous évoluons dans une bulle spéciale propre aux lieux je crois.

Nous rentrons après avoir bu un jus bio de légumes dans le magasin spécialisé à cet effet où nous trouvons également des graines germées. Nous pourrons donc nous alimenter sans faire trop d’entorse à notre régime.

A la maison une brève coupure d’électricité nous oblige à remettre le réveil du four à l’heure. Nous n’avons pas le temps de nous étonner du fait, qu’une autre s’impose avec un peu plus de longueur. A la troisième, notre hôtesse qui nous visitait, s’assurant que nous ayons trouvé la réserve de couvertures et de serviettes, se pose des questions sur ces coupures inhabituelles.

Son étonnement se fait interrogatif car jusqu’à la nuit tombée nous étions encore sans électricité. Elle nous procure des lampes à kérosène et une lampe de poche espérant que la panne soit bientôt réparée.

Toujours dans le noir, nous décidons d’aller trouver Agnès comme promis. Cependant il n’y a aucune lueur dans la ville si ce n’est la pâle clarté de la lune. Quand nous aboutissons au Best Western tout est plongé dans l’obscurité. Personne ne prévoyait un fait pareil,  semble-t-il. Nos lampes mêmes étaient providentielles!

Nous rentrons après avoir admiré le ciel magnifiquement étoilé  un moment. Nous  prions ensemble puis à la lueur des lampes j’offre les mandalas prévus en cadeaux. J’avais apporté des lampions que j’installe sur le rebord de la cheminée inactive.

Le chauffage étant électrique, il nous faudra gagner nos couvertures tout habillés de nos manteaux, écharpes et gants.

Nous avions là l’occasion de repenser à l’enfant de Bethléem qui lui aussi a connu le froid de l’hiver. Une veille de Noël à nulle autre pareille aux Etats-Unis. Que les choses humaines sont fragiles et incertaines !!

L’électricité revint au cours de la nuit, Fabian dit 9h 30. Je ne l’ai pas su tant que le froid ne s’était pas fait davantage sentir, car les nuits il fait du -1 et plus. le radiateur de ma chambre ne s’était pas remis en marche et je m’apprêtais à prendre plus de couverture quand je constatai la lumière. Fabian remit le chauffage et nous poursuivons notre nuit avec plus de confort.

Il y a pas mal d’histoires qui circulent au Mont Shasta, alors pour rester dans la note je me dis que pour Noël les êtres merveilleux qui habitent la montagne ont dû avoir une réunion spéciale et nous obliger nous humains ordinaires à garder nos lits sans faire de bruit.

Je crois qu’au fond de moi c’était la veille de Noël qu’il me fallait !

(suite)