Il était un homme, dynamique, passionné, libre et fier, désireux de transmettre cette fierté et cette liberté de son coeur à ses compatriotes. Il ignorait peut-être que la liberté se prend et la fierté se mérite, à moins que son amour ne soit si grand qu’il le crût tout-puissant. Et en effet l’amour est tout puissant, cependant il faut pouvoir le rencontrer dans son coeur et le faire grandir. Il fut fauché par une balle traîtresse encore jeune et sa mission inaccomplie. Néanmoins, il nous a laissé une poésie que je prends plaisir à vous transmettre. Dans ses rimes il marie agréablement les chansonnettes, et comptines qui animaient l’enfance et la jeunesse des petits haïtiens qui pouvaient encore jouer et rire. La voici :
“Trois fois passer la”
C’est un petit air qui me revient
Du plus loin de mes souvenirs.
Ma soeur, nous étions gosses,
Elle avait ramené de l’école…
“C’est la dernière qui restera”.
Ça ne va pas non, j’peux pas
Etre la dernière, j’suis un p’tit garçon
Pas une petite fille.
“J’ai perdu ma fille
Quelque part en ville”,
Les filles perdues se donnaient pour presque rien,
Pour ne, presque pas mourir de faim.
Mais nous étions trop jeunes pour le savoir.
“Qui a mangé les bonbons de mes bonbons ?”
Et les “tites” filles qui n’en n’ont jamais eus
Se fabriquent des poupées avec de la boue,
Petits bébés noirs, nus, comme eux démunis,
Qui s’effritent à mesure qu’on les berce
” Dodo titite manman-li”
Dors “titite”, la misère est une araignée-crabe
Qui du jardin, te guette,
Car les roses que les tiens y cultivent ont la senteur du venin.
“Je te réveille, de la part de qui ?”
De la part de A.M.O.U.R .
Si tu veux endimancher ta beauté,
Accroches en guise de fleur, un coeur
Qui saigne à tes baisers.
“Avez-vous vu? Avez-vous vu ?”
C’est un petit air qui me revient
Du plus lointain de mes souvenirs,
Ma soeur, aurait-elle oublié! ?
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