Note d'Or

Poésies et Histoires pour votre plaisir!

Mar-1-11

Les Cris de la Rue

Posted by Nancy

Dès potron-minet comme dirait l’autre, les cris des vendeurs de rue se mêlent aux chants des coqs. Certains sont des hommes émettant une mélopée indéchiffrable ou du moins à mon sens, car les clients savent ce qu’ils proposent.

Je comprends mieux ce que disent les marchandes. Ce sont soient des légumes ou des œufs frais ou encore des fruits. La nouveauté pour moi est de découvrir ce matin l’une d’entre elles proposer un petit déjeuner ambulant ; pain, banane et œuf bouilli dur. Dans une « bak » (plateau) elle promène les composants en modulant une phrase musicale :

« Men pen,fig, ze bouyiiii ! »

Elle répète son mantra en déambulant à travers les rues attirant les acheteurs potentiels. Je trouve formidable cette force de vie qui pousse cette femme à livrer ce substantiel petit déjeuner pratiquement au lit. Tous ceux, sachant compter sur elle, les « pratik »(les clients habituels), peuvent prendre le temps de s’habiller, de faire « repase » (revoir) leurs leçons aux enfants, nettoyer en vitesse leur logis ; car ils ont un souci en moins. Le premier repas du matin les attend pour une modique somme de 25 ht gourdes (l’équivalent de $50cts) ou moins, suivant le change par rapport au dollar américain. Pour une majorité cependant ce sera encore trop cher. Ceux-là se contenteront d’un café et d’un pain « beurré » au mamba (beurre d’arachides) qu’ils trouveront au coin, là ou une marchande offre ce service pour moins cher. La vie dans les rues est intense surtout après le tremblement de terre.

Revenant à la vendeuse de ze payi (œuf du pays), je constate avec bonheur que mes compatriotes malgré leur misère et leur dénuement font encore le bon choix en insistant sur la valeur d’un œuf pondu par une poule saine sans « colorant ni additif » heureuse de chanter chaque nouvel œuf. Tant d’amour dans cet œuf, tant de dévouement et tant de volonté de survivre à tous les déboires ! Mon admiration est sans borne pour ces personnes simples le plus souvent illettrées et analphabètes, mais au raisonnement si judicieux… !

Pour mes lecteurs qui connaissent leur figue, je précise ici qu’il s’agit de la banane que nous autres au pays appelons figue-banane ou figue en plus court. Quand on a mangé un œuf du pays, avec un pain et une figue, on peut tenir toute une matinée avant le prochain repas qui souvent se prendra le soir.

Le  bon côté de la vie haïtienne, c’est de façonner des personnalités à toute épreuve. Ce qui donne la possibilité de tirer profit du milieu et de découvrir mille usages à ce que l’on peut trouver pour survivre et même vivre tout simplement et trouver de la joie à sourire pour accompagner le « bonjou frè », (bonjour frère), « bonjou sè »(bonjour sœur). Leur cœur sait que nous sommes tous de la même famille et c’est cela l’important.

May-2-07

L'arbre Veritable, L'arbre a Pain

Posted by Nancy

Il étaiet une fois, des aventuriers qui accostèrent sur une merveilleuse île des Caraïbes. En plus des richesses minières, ils y découvrirent des curiosités agricoles. Parmi lesquelles, l’arbre à pain. Le fruit de cet arbre a la consistance du pain ; son goût à peu près neutre, en fait un excellent accompagnateur de mets. Enthousiasmés, ces hommes voulurent partager leur découverte avec d’autres camarades. Quand au loin, ils virent les larges feuilles en formes de mains, ils s’écrièrent : Voici l’arbre à pain !

La surprise et la déception furent de taille quand ils s’aperçurent de leur méprise. L’arbre trouvé était le sosie de l’autre, mais le fruit de celui-ci, contenait des graines à l’aspect et au goût de marrons. Ils lui gardèrent le nom d’arbre à pain, faute de lui trouver une meilleure dénomination et surtout à cause de la grande ressemblance entre les deux.

Ils se remirent à la recherche de leur arbre à pain. Leur patience fut récompensée. Au bout de plusieurs jours, ils purent enfin dire sans crainte de se tromper cette fois : Voici l’arbre véritable ! C’est ainsi que chez nous, l’arbre à pain est devenu l’arbre véritable et son frère jumeau n’eut jamais l’appellation qui lui conviendrait vraiment.

Prenez un de ces abveritab (arbre véritable). Mettez-le au four pour une quinzaine de minutes, puis retirez-le du four. Enlevez-lui une calotte, et creusez-le afin d’y aménager un trou confortable dans lequel vous introduirez une chiquetaille de harengs (préparation culinaire faite de harengs saurs déchiquetés et d’épices pimentés). Remettez le tout au four. Pendant les vingt minutes que durera la cuisson, trouvez-vous une douche pas trop loin de la cuisine. Tout en appréciant l’eau sur votre corps, vous jouirez des craquements que la chaleur fera subir au fruit-légume. Alors, en pensée, voyez fondre la chiquetaille dans les fentes bienheureuses.

Puis, encore tout mouillé, cherchez-vous un coin sous une tonnelle fraîche ou une galerie ouverte, et dégustez par petites bouchées ce délice haïtien, tout en faisant ces petits bruits traditionnels de satisfaction qui les accompagneront tandis que le vent vous sèchera.