Toujours dans les neiges éternelles de Shasta, encore sous l’émerveillement de mon séjour, je regardais un OO7 bien tranquillement à la maison, avec ma famille et mon frère venu en séjour. Cet après-midi de ce 12 janvier ne me prépara pas du tout à cette effroyable catastrophe.
Néanmoins j’ai survêcu avec ma famille et la maison a tenu bon. Il a fallu par prudence vivre dans les rues. Après 6 jours, avec toutes les difficultés que vous ne pourrez même pas imaginer ne les ayant pas vêcues, j’ai pu quitter le pays. C’est cete traversée vers Santo Domingo pour aboutir à Miami chez mon fils aîné que je veux vous raconter aujourd’hui.
Avec Lucien Balmyr, venu assister aux funérailles de son oncle victime du cataclysme, je laisse Port-au-Prince à 2h pm ce dimanche 17 janvier 2010. Nous allons vers la république voisine, car American a annulé le vol que je devais prendre et je sentais l’urgence du départ. Je laissais le pays avec peine et ceux que j’y laissais me déchiraient le coeur. Cependant au fond de moi c’est comme si je mourrais forcée de tout quitter sans attache. Ce sentiment ne m’a plus quittée depuis. D’un seul coup j’acceptais la mort, la séparation d’avec ceux que j’aime, les choses que je possède, la maison… Plus rien n’avait la même valeur. Je n’avais ni faim, ni soif.
La voiture de Lucien chauffe ce qui nous vaut des arrêts pour la refroidir et mettre de l’eau dans le radiateur. J’accepte une bouteille d’eau et une de jus que je bois entièrement. J’étais déshydratée sans m’en rendre compte.
Je ne peux communiquer avec mon mari qui obstinément était retourné aux Gonaïves. J’arrive à parler à mon amie Jacqueline et à lui faire mes adieux; c’est elle qui annoncera mon départ à mon mari et à mon fils absent de la maison.
Sans incident nous arrivons à Santo-Domingo à 11hpm il n’y a aucune place dans aucun hotel, les Haïtiens qui laissent le pays occupent tout. Mon vol avec Jet Blue est prévu pour 5h 20 am. Je décide de rester à l’éroport car je devrai obliger mon ami à se réveiller aux heures de la nuit pour m’y conduire. D’ailleurs les heures passeront vite. Pourtant elles se sont étirées bien plus loin…
Tous les sièges sont occupés à l’aéroport. Je m’installe sur une marche d’escalier, toute fatigue momentanément envolée.
J’écris, je me promène en attendant 3h am pour le “check in”, hélas la foule de passagers se rendant à Boston et à New-York retarde ceux de Fort Lauderdale. Ils doivent passer d’abord.
Je suis épuisée, on m’offre un fauteuil roulant qui en cet instant est le bienvenu. Je n’en ai jamais voulu et meme je ne suis jamais assise là-dedans. Tout est vraiment relatif car quand on me l’a proposé je me suis estimée chanceuse. La ligne est désespérement longue et les heures passent.
J’embarque finalement à 9h am ;cela m’avait fait la plus longue nuit jamais supportée. J’avais bien résisté et à midi je rentrais saine et sauve à la maison.
La dernière secousse de magnitude 6.5 hier matin a décidé mon fils et mon mari. Leur passage sera pour eux plus hasardeux mais ils devront assumer leur choix.
Ils sont arrivés aujourd’hui, nous sommes ensembles. Pas heureux, ne pouvant l’être avec toute la détresse laissée là-bas, mais soulagés de pouvoir être ensembles
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Ce que vous allez suivre, a commencé il y a 38 ans. J’étais beaucoup plus jeune sans aucun doute, mais aussi naïve que je l’étais, je ne pense pas que j’en trouverais beaucoup à la veille de cette ère du Verseau.
Nous habitions une jolie maison au style original comme je les aime, avec un escalier en colimacon pour accéder sur la grande terrasse en face des chambres. Cet escalier spécial et unique était l’élément principal du décor. Il s’enroulait autour d’un gros poteau creusé d’un ruban sur toute sa hauteur. Ce ruban prenait des teintes diverses quand je voulais renouveler la peinture extérieure. Des poteaux similaires se retrouvaient dans l’architecture des trois maisons construites par mon mari. Ce qui faisaient dire à mes amis : ” C’est normal qu’il mette son nom partout “. Ils faisaient allusion aux deux syllabes qui terminaient son patronyme. Cependant, même quand ils étaient un peu excessifs, ils ne déparaient pas et surtout garantissaient la solidité de nos habitations.
Cette maison qui m’accueillit le jour de mon mariage est à Passe-Reine, petite localité située à 18 kilomètres des Gonaïves. Si je mentionne la distance, c’est pour que vous compreniez pourquoi des cours de conduite automobile me furent proposés. Cet engin indispensable me défia longtemps sans que j’y prenne garde. Mais dès le moment où je décidai de lui faire face, je le matai comme je le fais de tous défis se présentant à moi. Cependant mon histoire avec la voiture étant assez spéciale, je veux la partager avec vous.
Un ami de mon mari, Lucien, se chargea de m’apprendre à conduire. Ma jeunesse me permit un apprentissage aisé et rapide. Huit jours après les premières lecons, j’abordais déjà la conduite en ville. Il ne me restait plus qu’à pratiquer pour me parfaire. Mon mari pour s’en convaincre, m’invita à une longue promenade-test. Je gravis les flancs du Puilboreau, chaîne de montagne assez élevée traversant les départements de l’Artibonite et du Nord de mon pays Haïti. Je m’acquittai de l’épreuve avec brio, y compris les arrêts et les démarrages et bien sur l’action de garer dans ma cour. C’est la seule fois où je fus à l’aise et insouciante derrière un volant. Ne me demandez pas pourquoi je ne le sais pas moi-même. Peut-être que si, comme l’avait conseillé Lucien j’avais continué à pratiquer aurais-je gardé cette attitude relaxe de cette toute première fois. Ce ne fut pas le cas. Dès le lendemain, mon mari vendit la voiture pour n’utiliser désormais que celle de la compagnie qui l’employait et à laquelle je n’avais pas droit. L’expérience s’arrêta aussitot commencée. (à suivre)
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