Note d'Or

Poésies et Histoires pour votre plaisir!

Il est peut-être 2h du matin, je ne m’inquiète pas de savoir l’heure. La rue est déserte, les trains se rarefient. Cependant même vides,  ils continuent de passer. C’est ainsi que j’ai pu observer un unique voyageur descendant de l’un d’eux. Il est étrange dans ce décor vide où les feux de la rue continuent inlassablement de réglementer une circulation inexistante.

Dans le ciel, la lune à son dernier quartier avant qu’elle ne soit pleine, prend son temps pour achever son cycle. Une brume partielle cache les building d’en face tout en mettant une note de mystère dans le décor. Une paix m’envahit et une pensée de gratitude me vient à l’âme. La beauté  du moment, éclairé par la lune, me fait penser que partout dans le monde, la nature met sa touche personnelle pour nous réjouir le coeur.

A 3h heures , j’ai regardé le réveil pour vérifier la cadence des trains à cette heure, un train s’avance, déchargeant une douzaine de personnes. Est-ce des couche-tard puisque nous sommes au vendredi? Est-ce des employés rentrant finalement chez eux? Je m’amuse à trouver de multiples raisons à leur présence tardive sur le quai. Mais en définitive ne sommes nous pas à New-York où la vie se ralentit à certaines heures mais ne s’arrête jamais !?

Quand enfin je retrouve mon lit, il est déjà presque 4 heures et les activités de la rue reprennent…

Néanmoins j’ai vécu une formidable expérience qui valait vraiment la peine de raccourcir ma période de sommeil.

Mar-1-11

Les Cris de la Rue

Posted by Nancy

Dès potron-minet comme dirait l’autre, les cris des vendeurs de rue se mêlent aux chants des coqs. Certains sont des hommes émettant une mélopée indéchiffrable ou du moins à mon sens, car les clients savent ce qu’ils proposent.

Je comprends mieux ce que disent les marchandes. Ce sont soient des légumes ou des œufs frais ou encore des fruits. La nouveauté pour moi est de découvrir ce matin l’une d’entre elles proposer un petit déjeuner ambulant ; pain, banane et œuf bouilli dur. Dans une « bak » (plateau) elle promène les composants en modulant une phrase musicale :

« Men pen,fig, ze bouyiiii ! »

Elle répète son mantra en déambulant à travers les rues attirant les acheteurs potentiels. Je trouve formidable cette force de vie qui pousse cette femme à livrer ce substantiel petit déjeuner pratiquement au lit. Tous ceux, sachant compter sur elle, les « pratik »(les clients habituels), peuvent prendre le temps de s’habiller, de faire « repase » (revoir) leurs leçons aux enfants, nettoyer en vitesse leur logis ; car ils ont un souci en moins. Le premier repas du matin les attend pour une modique somme de 25 ht gourdes (l’équivalent de $50cts) ou moins, suivant le change par rapport au dollar américain. Pour une majorité cependant ce sera encore trop cher. Ceux-là se contenteront d’un café et d’un pain « beurré » au mamba (beurre d’arachides) qu’ils trouveront au coin, là ou une marchande offre ce service pour moins cher. La vie dans les rues est intense surtout après le tremblement de terre.

Revenant à la vendeuse de ze payi (œuf du pays), je constate avec bonheur que mes compatriotes malgré leur misère et leur dénuement font encore le bon choix en insistant sur la valeur d’un œuf pondu par une poule saine sans « colorant ni additif » heureuse de chanter chaque nouvel œuf. Tant d’amour dans cet œuf, tant de dévouement et tant de volonté de survivre à tous les déboires ! Mon admiration est sans borne pour ces personnes simples le plus souvent illettrées et analphabètes, mais au raisonnement si judicieux… !

Pour mes lecteurs qui connaissent leur figue, je précise ici qu’il s’agit de la banane que nous autres au pays appelons figue-banane ou figue en plus court. Quand on a mangé un œuf du pays, avec un pain et une figue, on peut tenir toute une matinée avant le prochain repas qui souvent se prendra le soir.

Le  bon côté de la vie haïtienne, c’est de façonner des personnalités à toute épreuve. Ce qui donne la possibilité de tirer profit du milieu et de découvrir mille usages à ce que l’on peut trouver pour survivre et même vivre tout simplement et trouver de la joie à sourire pour accompagner le « bonjou frè », (bonjour frère), « bonjou sè »(bonjour sœur). Leur cœur sait que nous sommes tous de la même famille et c’est cela l’important.