Me revoici à l’aéroport du Cap-Haïtien accueillant mon ami Rudolph qui vient comme moi faire un travail particulier dans la ville. Il se coince à l’avant de la pick-up que j’ai pu nous trouver pour le récupérer. En route, je lui fais un bref compte-rendu de ma première journée, puis nous nous préparons à l’interview radio devant avoir lieu dans une demi-heure, c’est à dire à 4h pm.
A la radio, c’est l’enthousiasme complet. Beaucoup d’éditeurs posent des questions en direct sur les sujets ésotériques et spiritualistes qui constituent la trame de l’émission. Certains sont même venus sur place rencontrer l’invité spécial d’antenne-Jeune, de radio Maxima. Rudolph est intarissable et nous deux sommes bien contents que le milieu capois puisse montrer un si grand intérêt aux choses de l’esprit dans le domaine de la spiritualité. Cependant, après une dure matinée cahotée et ballottée dans les transports publics je n’étais plus bonne à rien après plus d’une heure d’entretien. Il me tardait de rentrer chez Henry, mon frère, qui nous offrait son hospitalité, pour manger, me laver et me reposer. Mon désir de bien-être fut mis à l’épreuve car nous dûmes patienter fort longtemps pour combler nos besoins légitimes. Une panne importante obligeait Henry à se procurer un autre véhicule et pour cela attendre celui d’un ami. De plus ma nièce tenait à une séance de cinéma, que je trouvais incongrue, vu les circonstances, mais à laquelle nous dûmes nous plier. Il fallait attendre la fin du film ne pouvant la laisser et la maison étant à plusieurs kilomètres de la ville.
Dans un premier temps, des oranges juteuses apaisèrent partiellement notre faim devenue cruciale entre temps. La petite marchande de douze ans épluchait avec compétence les fruits démandés. N’allait-elle donc pas à l’école? Ou était-ce une activité post-scolaire? Elle avait l’air neutre d’une personne ne pouvant plus s’étonner de rien. Rudolph lui offrit la somme pouvant lui permettre de s’acheter une autre cuvette pour contenir ses oranges, car la sienne menaçait de se fendre complètement. Elle remercia sans chaleur bien qu’avec sincérité. A mon avis, la lassitude et le découragement avaient eu raison d’elle. Devra-t-elle remettre l’argent à quelque sévère marâtre?
A sept heures du soir, le ventre toujours creux et les oranges largement digérées, nous atteignons enfin le cabinet d’Henry où ma belle-soeur avait eu la lumineuse idée de nous faire apporter notre repas. Dégustant du poisson frais accompagné de notre riz et pois national nous jouissions de la lune montante et d’une bonne brise vespérale. En guise de dessert, nous eûmes des cacahuètes grillées et chaudes et des bonbons à la menthe. C’est un mélange que nous faisons souvent chez nous en Haïti . Rassasiés, nous devisions calmement attendant ma nièce Audrey. (A suivre)
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