Par delà la fenêtre de la voiture, je la vis. Mon regard s’attarda sur cet accessoire que je ne m’explique pas : le voile. C’en était un, léger et transparent d’un rose tendre ; version moderne du tchador.
Je ne voyais d’elle que son profil car elle regardait obstinément devant elle à travers de grandes lunettes noires. Ces lunettes faisaient peut-être office de cette autre obstruction que certaines mettent à la place des yeux, quand elles se recouvrent le visage pour mieux disparaître.
L’opulente Mercedes où elle était assise, trahissait un réel confort, du moins en apparence, mais son maintien rigide ne laissait entrevoir aucune satisfaction.
Tandis que je la regardais, une multitude de questions se bousculaient dans mes pensées au sujet des croyances, des contraintes religieuses, de la servitude, de la résignation, de la lâcheté et de tout ce dont j’avais la conviction que des fils et filles du Père ne devaient pas accepter ni subir étant des créatures créées libres.
Elle tourna enfin la tête pour interroger son rétroviseur. Après un premier coup d’oeil, elle enleva les lunettes puis fit glisser le voile découvrant une partie de la chevelure. Cela fait, elle lissa de sa main une mèche de cheveux en un geste concis et bref puis remit et lunettes et voile en place. Elle s’était offerte un rapide péché sans plus.
Elle reprit sa pose figée au regard fixe. Quelques secondes plus tard, elle répondait à un interlocuteur sur son téléphone portable. Pas un élan, pas un sourire. Une conversation juste ce qu’il fallait.
Etait-elle à plaindre ? Peut-être. Je lui envoyai en secret mes voeux de bonheur avec l’espoir que L’Esprit de Noël trouve le chemin de son coeur pour lui offrir tout ce dont le voile la privait et dont elle avait envie en secret.
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