J’étais devant mon petit écran cette nuit pour profiter du silence de la maison et du sommeil exceptionnel de mon malade. J’avais pu faire une très longue sieste et une fidèle servante me suppléait pour le cas où le malade se réveillerait avec un besoin.
La télé commande en main, je faisais défiler les chaînes sans vraiment trouver ce qui pourrait m’intéresser. Faute de mieux, je la fixai sur la chaîne locale où comme à l’ordinaire on reprenait une antiquité déjà largement commencée. Naturellement j’en ignorais le nom, et je ne m’en souciais pas outre mesure, la télé pour moi étant surtout pédagogique.
Un couple, dont l’homme visiblement plus âgé, se faisait face en pleine déclaration d’amour. Je me fis la remarque suivante ” Que peut-on trouver à un homme si dégoûtant ?” Mais bien vite je me morigénai ainsi : “Tu n’as pas de jugement à porter, gère tes émotions mieux que cela, car même un personnage de film mérite d’être aimé, efforce-toi de voir plutôt le bien en lui. Mais ses yeux étaient si froids !
La femme devant lui par contre exprimait une certaine inquiétude. Je crois qu’elle avait peur de ne pas répondre à ce grand amour qu’elle croyait vrai. L’un et l’autre jouaient une double comédie, celle de l’acteur et celle du personnage. Néanmoins je sentais chez la femme le désir de mettre toute sa bonne volonté et sa bonne foi dans cette union.
Cet homme aux yeux inexpressifs qui évoluait sous mes yeux, m’enleva le goût de cette bonne soirée voulue. Je cherchai autre chose à travers un autre tour complet des chaînes sans résultat. Je me contentai donc du film, mais je le regardais par bribes car je continuais d’aller deci delà avec la télé commande attendant le sommeil.
J’assistai finalement à la dernière séquence car il y était question du kidnapping d’un garçonnet qui leur était né. Le FBI se saisissant de l’affaire, j’espérais une enquête positive pour me changer des interminables : l‘enquête se poursuit que nous vivons au quotidien chez nous. Et en effet il y eut un aboutissement insoupçonnable pour le spectateur, il révéla la culpabilité du père dans l’enlèvement de son fils, qu’il destinait à sa maîtresse stérile.
Sa femme qu’il comblait de cadeaux et de mots d’amour enflammés n’avait aucune autre utilité que de lui procurer un fils. J’avais donc bien raison de lui trouver un air dégoûtant ! Je sentais sa fausseté. On ne peut être vrai avec des yeux aussi froids !
Je me mis à réfléchir profondément bien longtemps après la fin du film. Mensonge et amour peuvent-ils cohabiter dans la même âme-personnalité ? Bien sûr nous vivons continuellement la fausseté des gens, mais mon interrogation concerne la valeur de l’amour chez ces gens. Je reste convaincue qu’ils ne peuvent pas aimer.
Aimer comme je le comprends nécéssite un désir du bonheur de l’autre d’abord mais aussi de voir le bonheur autour de soi. On ne peut construire sur du mensonge ni sur le malheur d’autrui, l’amour ne peut se dissocier de la bonté. Simuler des sentiments de tendresse alors que l’on fomente la perte de cet être sous son toît, prépare sa ruine morale et parfois même physique, sous le prétexte d’aimer quelqu’un d’autre, cela ne me semble pas possible. Quelqu’un capable d’autant de fausseté ignore l’amour et n’aura jamais la joie de connaître sa plénitude. Et la personne qui accepte ce soi-disant amour a plutôt des intérêts envers le compagnon ou la compagne qui l’empêchent de voir le danger de cet être hideux en face de lui ou d’elle.
Mon coeur me confirme que la jalousie, l’envie et l’égoïsme ne seront jamais synonymes d’amour, si cela devait être le cas, je ne sais donc pas ce que sait qu’aimer; où alors, ma plénitude porte un autre nom.
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