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A travers des lames de verre

June 16th, 2007 by Nancy

Une cour abandonnée où gisent quelques squelettes de lits d’hopital; c’est peut-être un garage pour lits. Néanmoins, on n’y voit personne, ni mécanicien, ni garagiste voire un jardinier. D’ailleurs à quoi servirait un jardinier ? En dehors de quelques arbres, aucune fleur ni aucun buisson n’y pousse, pas même des plantes en pots.

Au milieu de ce mince décor, subsiste un îlot de gazon, parsemé d’herbes folles. Les pluies régulières de ces derniers après-midi l’ont reverdi et à chaque souffle de vent, le chêne lui rajoute sa douche de mini fleurs blanches. Ce petit lopin vert est donc bien paré avec ces gouttes étoilées.

Quand les oiseaux m’appellent et me tirent de mon lit dès potron-minet, c’est mon spectacle préféré s’offrant à mon regard à travers les lames de verre de ma chambre d’hopital. J’aime ce premier contact avec le retour de la vie consciente. Elle me sourit en dépit de ma vue striée par la fenêtre. Une brise fraîche me frôle à peine, accompagnant les premiers rayons du soleil. La cour abandonnée devient alors ma cour, car je suis la seule à ce moment à découvrir toute la beauté qu’elle recèle. Tandis que je salue chaque arbre, chaque oiseau, chaque brin d’herbe et mon carré fleuri, je remercie les lits rouillés d’être là pour me sensibiliser à ces beautés révélées par contraste.

Nous laissons l’hôpital dans quelques instants, la tourterelle me l’a dit hier, ce matin elle n’est donc plus revenue. Son message musical sera pour un autre malade. Souhaitons que le destinataire puisse y prêter attention et le décoder ! Ce n’est pas évident qu’un malade soit apte à capter un message aussi subtil que le chant de la tourterelle sauvage. Trop de souffrance en lui, trop de malaise et parfois trop de drogues lui coupant ses possibilités. Mais les garde-malades sont parfois des émissaires attentifs…

Les bruits de la rue se réveillent eux-aussi, par gradation. D’abord quelques voitures, puis les moteurs d’une ou deux génératrices mettant en route les affaires pour la matinée. Des chiens aboient,des cireurs de chaussures agitent leur clochette. Les coqs solidaires s’interpellent. Mais toutes ces manifestations sonores restent là où elles sont car dans la chambre où dort encore l’hospitalisé, règne un silence apaisant.

Un oiseau inconnu se fait entendre avec un tchatcha insistant presque à ma portée. Il semble vouloir attirer mon attention, en se faisant plus bruyant. Pourtant, comme la tourterelle visiteuse, beaucoup de ceux qui chantaient plus tôt sont partis. Celui-là cependant est resté, secouant son hochet avec force…

Il vient de partir lui aussi. S’est-il découragé de mon incapacité à recevoir sont cri si particulier !? A peine ai-je eu fini d’écrire mon commentaire qu’il n’était plus. Tout au loin, il se manifeste encore comme un dernier essai à mon endroit. Qu’a-t-il voulu me dire ? Etait-ce une invitation à la danse parmi les fleurs du gazon? Un tchatcha chez nous est un objet musical tout comme le hochet. Par contre le premier marque la cadence sous des mains expertes et musiciennes tandis que le second est manipulé par des menottes inexpérimentées.

Le revoilà l’oiseau avec le hochet ! Son retour rapide suit le bruit de pas dans la cour. Un homme transporte une boîte en carton plein d’un gros sac poubelle. Il en prend un autre, un peu plus tard. La cour n’est donc pas si abandonnée et c’est peut-être aussi ce que l’oiseau voulait me dire. C’est un guetteur avertisseur. Il va, il vient, revient et disparaît pour revenir un instant après. Il fait le tour de tous les arbres de l’hôpital pour inspecter à fond tout ce qui mérite de l’être, c’est son rôle. Tout comme chacun de nous a un rôle dans son milieu, chaque oiseau a le sien. Ne pensez-pas qu’ils existent uniquement pour chanter et nous ravir. Ils communiquent avec leurs chants et leurs cris et s’adressent non seulement à leurs congénères de cette façon mais également à nous. Si vous êtes attentifs, vous découvrirez et leur mission et le rapport qu’ils vous en font.

Ce sera donc ma dernière journée dans cette chambre où j’ai séjourné neuf jours. J’abandonnerai ma cour avec un peu de nostalgie, néanmoins je retrouverai mes oiseaux, mes plantes, ma maison et mon décor familier. Après la maison de santé ce retour a encore une plus grand importance. Rendons grâce !

Comme par coïncidence, deux de mes relations amicales occupent des chambres voisines de la nôtre. Elles ont chacune leurs problèmes de santé et logent dans des chambres contiguës sans se connaître elles-mêmes. Je suis le lien entre elles deux. Notre rencontre fortuite dans cet hôpital m’interroge encore. J’ai fait avec elles un bout de chemin leur tenant la main et les réconfortant. Il a fallu ces retrouvailles après des années où je les avais perdues de vue. Les circonstances ne sont pas heureuses, pourtant ce qui devait être fait l’a été prouvant cette vérité : nous ne sommes jamais seuls et c’est cela le miracle de la vie. Ne vous en faites donc pas, laissez aller, laisser couler, on prend soin de vous.

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  1. Global Voices Online » Haiti: Reflections on the beauty of life Says:

    […] d’Or writes about a new-found appreciation for the beauty of life after a nine day hospital stay.  “As I greet each tree, each bird, each blade of grass and […]

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