Archive for June, 2007
Elles puisent en moi continuellement, m’ont octroyé un caractère indispensable, mais sont incapables de me gérer et de garder leur calme en ma présence, qui suis-je ?
Cherchez, vous y êtes presque ! Non je ne suis pas une drogue comme telle bien que je génère en elles une addiction. Faites donc un effort, vous devriez trouver ! Voulez vous de mon aide ? Je vous mets sur la voie. Elles me suspendent le plus souvent. Vous n’y êtes pas encore ? Mais oui bien sûr, je suis le sac à main enfin !
Je m’accroche aux bras ou aux épaules des femmes, j’ai le pouvoir de les entrainer dans un labyrinthe colossal dont la sortie, déjà difficile, est chaque fois différente. Mais elles sont si seules, si gauches et si perdues sans moi ! Comment vivraient-elles sans ma présence? La mode me dote de formes et de grandeurs diverses ainsi que de couleurs variées pour m’accommoder à leurs chaussures et à leurs toilettes qui sans moi seraient incomplètes.
Si une femme, votre mère, votre sœur, votre fille et même une amie vous demande de lui trouver quelque chose dans son sac, déclinez prudemment ce privilège, sinon le piège se refermera sur vos mains vous causant un grand désarroi. Vous recevrez des reproches que vous jugerez immérités pour m’avoir fouillé en vain. Celle qui me possède ne ferait pourtant pas mieux, tout en restant persuadée du contraire ; même des consœurs seraient dans l’embarras !
Qui se souvient de la première fois où je pris possession de la gente féminine ?! Les toutes petites filles dans leur tenue élégante du dimanche sont fières de m’exhiber C’est la seule période de leur existence peut-être où je suis porté presque vide, avec rien qu’une menue monnaie pour la quête. Tandis qu’elles m’utilisent comme d’un jouet sur les bancs de l’église, elles s’étonnent du volume insolite que je peux prendre quand je suis au bras de leur mère. Pourtant je ne tarderai pas à me remplir au fil des années, devenant de plus en plus lourd et primordial à leurs propres épaules.
Voyez une femme désireuse de me renouveler, car à quelques différences près ce sera le même scénario pour elles toutes avec les mêmes justificatifs. Celle-ci possédait précédemment un de mes congénères, un fourre-tout. Dorénavant elle cherche, dans la gamme de mes camarades, un genre portefeuille à poches multiples qui lui simplifiera la vie. Ce dernier est choisi avec soin, car il faudra faire attention à la couleur, la texture, la forme et la vogue ; pour cela elle prend donc tout son temps. C’est si important un sac à main! Mais surtout elle sera contente d’être délivrée de son bric-à-brac ambulant. Elle prend soin de bien ranger ses affaires à la bonne place étant certaine de les retrouver au besoin. Dans le cas contraire une autre femme fera le raisonnement suivant : il y a trop de poches dans mon sac, je m’y perds, un cabas sera pour moi plus facile, j’aurai tout sous la main.
Pourtant, dès le lendemain, le processus de recherche recommence. Cette fois il s’agit des clés. Elle est pourtant certaine de les avoir casées dans la petite poche extérieure pour en faciliter l’accès. Après avoir vidé entièrement le sac de son contenu, elle s’étonne de les voir dans la pochette extérieure. Mais pour une raison qu’elle ignore encore, elle avait été incapable de les dénicher. Incroyable ! Cette opération ne sera pas la seule de la matinée et le même succès incertain accompagnera chaque objet désiré.
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J’étais devant mon petit écran cette nuit pour profiter du silence de la maison et du sommeil exceptionnel de mon malade. J’avais pu faire une très longue sieste et une fidèle servante me suppléait pour le cas où le malade se réveillerait avec un besoin.
La télé commande en main, je faisais défiler les chaînes sans vraiment trouver ce qui pourrait m’intéresser. Faute de mieux, je la fixai sur la chaîne locale où comme à l’ordinaire on reprenait une antiquité déjà largement commencée. Naturellement j’en ignorais le nom, et je ne m’en souciais pas outre mesure, la télé pour moi étant surtout pédagogique.
Un couple, dont l’homme visiblement plus âgé, se faisait face en pleine déclaration d’amour. Je me fis la remarque suivante ” Que peut-on trouver à un homme si dégoûtant ?” Mais bien vite je me morigénai ainsi : “Tu n’as pas de jugement à porter, gère tes émotions mieux que cela, car même un personnage de film mérite d’être aimé, efforce-toi de voir plutôt le bien en lui. Mais ses yeux étaient si froids !
La femme devant lui par contre exprimait une certaine inquiétude. Je crois qu’elle avait peur de ne pas répondre à ce grand amour qu’elle croyait vrai. L’un et l’autre jouaient une double comédie, celle de l’acteur et celle du personnage. Néanmoins je sentais chez la femme le désir de mettre toute sa bonne volonté et sa bonne foi dans cette union.
Cet homme aux yeux inexpressifs qui évoluait sous mes yeux, m’enleva le goût de cette bonne soirée voulue. Je cherchai autre chose à travers un autre tour complet des chaînes sans résultat. Je me contentai donc du film, mais je le regardais par bribes car je continuais d’aller deci delà avec la télé commande attendant le sommeil.
J’assistai finalement à la dernière séquence car il y était question du kidnapping d’un garçonnet qui leur était né. Le FBI se saisissant de l’affaire, j’espérais une enquête positive pour me changer des interminables : l‘enquête se poursuit que nous vivons au quotidien chez nous. Et en effet il y eut un aboutissement insoupçonnable pour le spectateur, il révéla la culpabilité du père dans l’enlèvement de son fils, qu’il destinait à sa maîtresse stérile.
Sa femme qu’il comblait de cadeaux et de mots d’amour enflammés n’avait aucune autre utilité que de lui procurer un fils. J’avais donc bien raison de lui trouver un air dégoûtant ! Je sentais sa fausseté. On ne peut être vrai avec des yeux aussi froids !
Je me mis à réfléchir profondément bien longtemps après la fin du film. Mensonge et amour peuvent-ils cohabiter dans la même âme-personnalité ? Bien sûr nous vivons continuellement la fausseté des gens, mais mon interrogation concerne la valeur de l’amour chez ces gens. Je reste convaincue qu’ils ne peuvent pas aimer.
Aimer comme je le comprends nécéssite un désir du bonheur de l’autre d’abord mais aussi de voir le bonheur autour de soi. On ne peut construire sur du mensonge ni sur le malheur d’autrui, l’amour ne peut se dissocier de la bonté. Simuler des sentiments de tendresse alors que l’on fomente la perte de cet être sous son toît, prépare sa ruine morale et parfois même physique, sous le prétexte d’aimer quelqu’un d’autre, cela ne me semble pas possible. Quelqu’un capable d’autant de fausseté ignore l’amour et n’aura jamais la joie de connaître sa plénitude. Et la personne qui accepte ce soi-disant amour a plutôt des intérêts envers le compagnon ou la compagne qui l’empêchent de voir le danger de cet être hideux en face de lui ou d’elle.
Mon coeur me confirme que la jalousie, l’envie et l’égoïsme ne seront jamais synonymes d’amour, si cela devait être le cas, je ne sais donc pas ce que sait qu’aimer; où alors, ma plénitude porte un autre nom.
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Un jeune homme s’apprête à vivre un des instants les plus précieux et les plus attendus de ses journées : la dégustation de l’un de ses fruits préférés,” la mangue francique “
Tout est prêt pour ce moment si capital pour lui. Les mangues ont été choisies avec soin ; bien roses et bien fermes. Puis de ses vingt-quatre, il en a au préalable sacrifié quatre à son entourage, avec comme impératif, d’attendre son ordre pour y toucher. Précaution utile, car quand il sera installé devant sa cuvette de mangues, gare à celui ou celle qui lui en demandera une ! On devra donc manger en même temps que lui, comme cela, sa conscience soulagée et sa gourmandise satisfaite, il n’y aura pas de litige.
Il a beau aimer tout fruit comestible et toute nourriture en général, aucun obstacle ne doit interférer entre lui et les ” francique” . Il a quatre manguiers de cette espèce dans sa cour et un abonnement avec un marchand ambulant ; pourtant, son appétit de cette mangue n’est jamais rassasié.
Mais admirons la scène qu’il offre quand il est prêt à se donner ce plaisir intense. D’abord, il se met en petite tenue, torse nu et short, puis il dépose dans une grande cuvette pleine d’eau, la vingtaine de mangues qui l’attendait quelque part en sécurité, heureuse et consentante à le satisfaire. Ensuite il en prend une, l’admire amoureusement un instant, la caresse avec volupté pour un peu la sécher, puis, cherche le bon endroit où planter ses dents dévoreuses. Alors, d’un coup sec, il fait craquer la peau et gicler la sauce qui dégouline de ses commissures, retenue au passage par sa langue attentive. Il soupire à chaque bouchée, mord, suce et re suce, attirant les fibres dans sa bouche dans un mouvement incessant qui essore chaque fois le jus, jusqu’à épuisement.
La manoeuvre se répète de chaque côté de la mangue, celle-ci étant assez grosse. Si ce n’était cet appétit spécial et particulier de ce jeune homme, tout autre que lui aurait usé d’un couteau pour découper le fruit. Quand toute la mangue est mise à nue et tout le jus absorbé, le noyau alors inutile rejoint celles qui furent sa compagne dans la cuvette avec les pelures.
Au fur et à mesure que la cuvette se dévide de ses “francique” , augmentant les déchets, un autre plaisir s’installe, celui de partir à la pêche sous la masse de pelures des quelques mangues qui pourraient encore subsister. Lorsque sa main touche une de ses rescapées, elle la sort du tas et l’exhibe avec un ouf de délivrance, signifiant : “il en reste encore, mon plaisir n’est pas fini”. Ce petit manège singulier, presque érotique, se poursuit jusqu’à la fin de la réserve.
Ah, je me suis bien régalé, bien joui ! s’exclame le jeune homme après avoir ingurgité ses vingt mangues francique. Peut-on après cette performance, douter de la place légitime de la gourmandise parmi les péchés capitaux?!
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Une année de plus, marquant le passage du temps imprimant ses marques sur le corps… C’est une évidence qu’entre un bébé et une personne d’âge raisonnable il y a un monde de différence. Pourtant, si en dépit des années nous avons su conserver la jeunesse de notre coeur intacte, qu’importe alors…
“Qu’importe si le temps imprime des ridules au coin de mes yeux, ils n’en deviennent que plus rieurs. Le petit creux de mes joues révèle plutot mes fossettes souriantes au lieu d’un affaissement de la peau. Elles accompagnent tous mes instants, illuminant mes jours. Car c’est si bon de voir le soleil se lever, de vivre les progrès de ses enfants et petits-enfants, de partager ses dons gratuits au service des autres ! (Anniversaire, tiré de Pensées opalescentes.)
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Une cour abandonnée où gisent quelques squelettes de lits d’hopital; c’est peut-être un garage pour lits. Néanmoins, on n’y voit personne, ni mécanicien, ni garagiste voire un jardinier. D’ailleurs à quoi servirait un jardinier ? En dehors de quelques arbres, aucune fleur ni aucun buisson n’y pousse, pas même des plantes en pots.
Au milieu de ce mince décor, subsiste un îlot de gazon, parsemé d’herbes folles. Les pluies régulières de ces derniers après-midi l’ont reverdi et à chaque souffle de vent, le chêne lui rajoute sa douche de mini fleurs blanches. Ce petit lopin vert est donc bien paré avec ces gouttes étoilées.
Quand les oiseaux m’appellent et me tirent de mon lit dès potron-minet, c’est mon spectacle préféré s’offrant à mon regard à travers les lames de verre de ma chambre d’hopital. J’aime ce premier contact avec le retour de la vie consciente. Elle me sourit en dépit de ma vue striée par la fenêtre. Une brise fraîche me frôle à peine, accompagnant les premiers rayons du soleil. La cour abandonnée devient alors ma cour, car je suis la seule à ce moment à découvrir toute la beauté qu’elle recèle. Tandis que je salue chaque arbre, chaque oiseau, chaque brin d’herbe et mon carré fleuri, je remercie les lits rouillés d’être là pour me sensibiliser à ces beautés révélées par contraste.
Nous laissons l’hôpital dans quelques instants, la tourterelle me l’a dit hier, ce matin elle n’est donc plus revenue. Son message musical sera pour un autre malade. Souhaitons que le destinataire puisse y prêter attention et le décoder ! Ce n’est pas évident qu’un malade soit apte à capter un message aussi subtil que le chant de la tourterelle sauvage. Trop de souffrance en lui, trop de malaise et parfois trop de drogues lui coupant ses possibilités. Mais les garde-malades sont parfois des émissaires attentifs…
Les bruits de la rue se réveillent eux-aussi, par gradation. D’abord quelques voitures, puis les moteurs d’une ou deux génératrices mettant en route les affaires pour la matinée. Des chiens aboient,des cireurs de chaussures agitent leur clochette. Les coqs solidaires s’interpellent. Mais toutes ces manifestations sonores restent là où elles sont car dans la chambre où dort encore l’hospitalisé, règne un silence apaisant.
Un oiseau inconnu se fait entendre avec un tchatcha insistant presque à ma portée. Il semble vouloir attirer mon attention, en se faisant plus bruyant. Pourtant, comme la tourterelle visiteuse, beaucoup de ceux qui chantaient plus tôt sont partis. Celui-là cependant est resté, secouant son hochet avec force…
Il vient de partir lui aussi. S’est-il découragé de mon incapacité à recevoir sont cri si particulier !? A peine ai-je eu fini d’écrire mon commentaire qu’il n’était plus. Tout au loin, il se manifeste encore comme un dernier essai à mon endroit. Qu’a-t-il voulu me dire ? Etait-ce une invitation à la danse parmi les fleurs du gazon? Un tchatcha chez nous est un objet musical tout comme le hochet. Par contre le premier marque la cadence sous des mains expertes et musiciennes tandis que le second est manipulé par des menottes inexpérimentées.
Le revoilà l’oiseau avec le hochet ! Son retour rapide suit le bruit de pas dans la cour. Un homme transporte une boîte en carton plein d’un gros sac poubelle. Il en prend un autre, un peu plus tard. La cour n’est donc pas si abandonnée et c’est peut-être aussi ce que l’oiseau voulait me dire. C’est un guetteur avertisseur. Il va, il vient, revient et disparaît pour revenir un instant après. Il fait le tour de tous les arbres de l’hôpital pour inspecter à fond tout ce qui mérite de l’être, c’est son rôle. Tout comme chacun de nous a un rôle dans son milieu, chaque oiseau a le sien. Ne pensez-pas qu’ils existent uniquement pour chanter et nous ravir. Ils communiquent avec leurs chants et leurs cris et s’adressent non seulement à leurs congénères de cette façon mais également à nous. Si vous êtes attentifs, vous découvrirez et leur mission et le rapport qu’ils vous en font.
Ce sera donc ma dernière journée dans cette chambre où j’ai séjourné neuf jours. J’abandonnerai ma cour avec un peu de nostalgie, néanmoins je retrouverai mes oiseaux, mes plantes, ma maison et mon décor familier. Après la maison de santé ce retour a encore une plus grand importance. Rendons grâce !
Comme par coïncidence, deux de mes relations amicales occupent des chambres voisines de la nôtre. Elles ont chacune leurs problèmes de santé et logent dans des chambres contiguës sans se connaître elles-mêmes. Je suis le lien entre elles deux. Notre rencontre fortuite dans cet hôpital m’interroge encore. J’ai fait avec elles un bout de chemin leur tenant la main et les réconfortant. Il a fallu ces retrouvailles après des années où je les avais perdues de vue. Les circonstances ne sont pas heureuses, pourtant ce qui devait être fait l’a été prouvant cette vérité : nous ne sommes jamais seuls et c’est cela le miracle de la vie. Ne vous en faites donc pas, laissez aller, laisser couler, on prend soin de vous.
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Saviez-vous qu’à chaque heure
La tourterelle chante?
Elle chante pour ceux qui ont peur,
Pour ceux qui déchantent.
Elle apaise les querelles
Par son chant mélodieux.
A chacun elle révèle
D’un être, l’amour aux cieux.
Elle s’est tue voilà des jours.
A la place, des passereaux.
Elle visite d’autres cours
A l’injonction de là-haut.
Tant de peines à soulager !
Tant de détresse, d’âmes perdues !
Son voyage a bien duré…
Son chant je l’ai entendu
Me souhaitant un bon jour !
Mon coeur de joie a bondi.
Elle est revenue ! Ce jour,
Il sera bien embelli !
Fort longtemps, elle a chanté.
La musique ravissante
Bien tendrement m’a bercée.
Je parcourais les sentes,
En humant de jolies fleurs
Par les elfes accompagnée,
Me donnant plein de bonheur.
Je n’étais plus dans mon lit,
Mais avec la tourterelle
Sur l’air de sa mélodie
Dansant la ritournelle !
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