Chapitre Premier
- Sèche tes larmes, retire ton épine du pied et frappe la zone douloureuse avec un caillou, cela passera.
Ceci s’adressait à la petite fille de trois ans que j’étais. La rencontre de mon peton avec cette effrayante épine du bayawonn fut très éprouvante. Mais je n’aurais pas voulu renoncer à cette randonnée familiale. Cet épisode fut ma première leçon de courage. A l’injonction de ma mère, j’enlevai l’épine et fis comme elle me le recommandait. Puis, je continuai vaillamment sur mon talon endolori ma pérégrination à travers les sentiers rocailleux et feuillus de Pica, montagne dominant la propriété secondaire de mes grands-parents, Lambert.
La tradition me dépouillait de mes chaussures urbaines de juillet à septembre. La conviction maternelle, m’obligeait à profiter au maximum de la rosée et de tout autre avantage de la marche au naturel, tout comme la plante à laquelle j’étais comparée. Mon enfance et mon adolescence s’épanouirent donc en pleine nature dès la fermeture des classes. Alors, nous pliions bagages, heureux de nous évader de la ville, mes frères et moi. J’ai ainsi grandi partageant mon enfance puis mon adolescence avec les oiseaux à Lambert.
Le matin, on jouissait de la cascade froide pour se laver ; mais le soir, on se contentait de la douche simplement ordinaire. La tombée du soir réunissait la famille autour de la table à manger sur la galerie. On échangeait les devinettes ou les contes chantés, mes favoris, en dégustant une infusion de guérimaux, de basilic ou de mélisse. Mon goût pour les infusions odorantes date de cette période. Les histoires de Bouqui et de Ti Malice, personnages incontournables de notre saga, étaient forcément du répertoire de la soirée. La lampe à kérosène attirait toutes sortes de bestioles, comme les hannetons et les lucioles ou koukouy que j’attrapais. Les pas hésitants d’un hanneton sur le revers de ma main, m’amusaient bien, d’autant que j’étais la seule à ne pas en avoir peur. Les lucioles enfermées pour un très court moment dans un bocal, me servaient de lampe de poche originale. Je les laissais partir bien vite après m’être émerveillée de la lumière qui émanait d’eux. Souvent il m’était donné la possibilité de suivre l’évolution de la chenille en papillon. Dans une boite d’allumettes vide, j’enfermais la chenille avec des feuilles de pois congo, chaque deux jours je faisais une inspection discrète jusqu’à ce que le cocon se forme Mais là s’arrêtait l’expérience car je ne pus jamais admirer le papillon s’envolant dès l’ouverture de la boite…
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