Archive for February, 2007
Il a voulu finir ses jours
Au seuil de ma devanture.
Et pour me prouver son amour
Il a gardé sa parure
Intacte. Beau jaune-orangé
Dentelé de noir ocellé.
Il était là par terre
Sans perdre ce maintien, cet air
Mi fausse immobilité
Mi déjà prêt à l’envol.
Maintes fois j’ai hésité,
Craignant de le perdre en vol.
Sans bruit, je me suis approchée.
Même surpris, il n’a point bougé.
J’ai su, tristement convaincue
Qu’il avait pleinement vêcu,
M’offrant avec grand abandon
La plus belle histoire de sa vie.
Tout son être, son précieux don,
A moi sa seule sincère amie.
Sa chaude couleur de soleil
Mêlée de la douceur du miel
Pour m’illuminer
Et me consoler.
Je l’ai pieusement enseveli
Dans un carnet cadeau, fort joli.
Puisse le vent remercier
Mon splendide papillon.
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Les années de conduite m’avaient apportées maintes expériences, avec des bobos plus ou moins graves pour la voiture et mes poches, mais je m’améliorais grâce à elles bien sûr car c’est bien là leur rôle, nous faire avancer et nous permettre de grandir. A condition qu’on coopère avec elles évidemment. Par exemple à force de casser mes rétroviseurs, j’avais fini par pouvoir sortir de mon garage. Je pouvais faire une marche arrière sans défoncer le pare-choc, me faufiler dans la circulation et réussir ce que nous appellons ici une linèt qui consiste à s’insérer entre deux véhicules avec pour tout espace celui du vôtre.
Il me restait cependant l’épreuve suprême : l’obtention du permis de conduire de la Floride où je réside. De l’argent et une bonne relation de mon professionnel m’avaient permis de renouveler mon tout premier permis des Gonaïves, sans jamais subir d’examen, hormis le seul sur le code de la route à l’écrit. Aux Etats-Unis cel n’était plus possible et mon document haïtien avait une valeur limitée. Il me fallait ce papier légal qui constituait la principale pièce pour la majorité des transactions. Je me mis à l’étude de ce code américain qui ne différait pas trop du mien, mais dont la pricipale difficulté se situait dans la différence de langue. L’examen se trouvait disponible sur internet et avec mon aîné sur place j’avais toutes les chances. Ça c’était en théorie, la pratique se révéla autrement ardue.
Le jour de l’examen, ma fille qui passait également le test m’accompagnait, ainsi que mon fils. Une longue file vertigineuse nous garda en rue devant le service de la circulation, plusieurs heures d’affilées. Etait-ce la fatigue de l’attente, l’atmosphère tendue qui y régnait, comme en tout lieu d’examen ? Ou plutôt le ton sévère de ceux qui nous recevaient, ou encore la crainte de ne pas comprendre tous les mots, ou quoi encore ? Je ne sais… La vérité est que j’étais dans une confusion totale que mes années de pratique haïtienne ne semblaient pas pouvoir apaiser, voire clarifier. Pourtant je passai le test écrit avec une très bonne moyenne. Restait celui de la pratique, jamais subi auparavant avec un examinateur. Personne ne comprenait la panique qui s’emparait de moi à l’idée de cet examen. J’en perdais le sommeil et je mangeais mal. Les tournées faites avec mon fils pour me préparer se révélaient correctes et promettaient une réussite certaine. D’où venaient donc ces angoisses ? Aucune explication ne les justifiait. Je retardais sans cesse le moment fatal; cependant, il vint l’heure inéluctable.(à suivre)
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Au fil des jours, ma fille complèta mon apprentissage en m’obligeant à la pratique quotidienne du volant. C’était chaque jour ; d’abord l’école, puis les cours de danse, les achats, les visites aux amis, des promenades en montagne et plus. Mon coeur ne cessait de s’accélérer, plus ou moins, dépendant du trajet à effectuer. Je peux cependant retenir une sortie sous une pluie diluvienne avec orage et éclairs. Elle voulait participer à une soirée d’anniversaire d’une de ses compagnes de classe. Tous les arguments avancés pour la dissuader n’eurent aucun effet mais comme je voulais lui faire plaisir, je fis donc taire mon angoisse et l’accompagnai.
L’orage grondait au loin et la distance à faire pas trop importante, je pensais arriver au but avant la pluie. Mais sitot sortie, les premières gouttes s’amenèrent. En un instant ce fut l’averse. J’avançais péniblement, ma vision très diminuée meme avec l’action des essuie-glace. J’avais l’impression de me noyer sous les eaux et je traduisais mon inquiétude avec véhémence, avec l’espoir que ma fille me demanderait de faire demi-tour. Ce ne fut pas le cas, je maugréais, mais j’avançais, sa présence me donnant le courage de le faire. Je la menai à bon port puis je rentrai à la maison la remerciant en silence de m’avoir obligée à aller jusqu’au bout de l’obstacle.
Je regrette maintenant de ne l’avoir pas remerciée à haute voix, quand elle m’a appelée s’assurant de mon bon retour. Je ne savais pas comment exprimer mes sentiments, j’étais empêtrée dans mes émotions, je préférais les écrire au moment des anniversaires. J’ai compris depuis l’ importance de dire à tous ceux qu’on aime combien ils sont aimés mais pouvoir le dire à ces enfants est capital, essentiel ! Leur exprimer notre reconnaissance pour leur présence dans nos vies. Notre bonheur pour ce qu’ils nous apportent; mêmes les soucis sont profitables pour la joie qu’ on en tire quand ils sont résolus par la force de notre amour. (à suivre)
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Pitit mwen-yo, tanpri fè pa’m !
Fè pa manman-nou latè
Kap mande-nou lapè.
Pitit mwen-yo, tanpri fè pa’m !
Nou fè twòp, se twòp atò !
Vre, m’pa kapab ankò !
Pitit mwen-yo, tanpri fè pa’m
Kè mwen gen anpil doulè,
Mwen tranble, mwen fè kòlè.
Pitit mwen-yo, tanpri fè pa’m !
Dlo lan je’m, ak fòs desann
Nou pran pòz nou pa konprann.
Pitit mwen-yo, tanpri fè pa’m !
Tout fason, tout jan’m pale
Nou soud, nou pa janm tande.
Pitit mwen-yo, tanpri fè pa’m !
Pitit mwen gras pou manman-nou !
Li pa twò tà pou yon lòt jou
Pitit mwen-yo, tanpri fè pa’m !
Lanmou ka pote delivrans,
Ba manman-nou sa, ban’m yon chans !
Pitit mwen-yo, tanpri fè pa’m !
Ma refleri, ma pwodui
Ma ban-nou pi bèl lavi
Pitit mwen-yo, tanpri fè pa’m !
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Ragaillardie par mes obligations, je retrouvai les compétences de mes très jeunes années avec une facilité étonnante. Moins d’un mois avec le professionnel je me sentais en confiance. Un après-midi alors que nous revenions d’une tournée en ville, il me demanda d’arrêter la voiture et il me laissa. Je fus un moment prise de panique, mais je ne protestai pas. C’était la première fois que je me faisais face au volant de mon véhicule. Le coeur battant je rentrai chez moi avec un ouf libérateur. D’un coup j’avais relevé trois défis : j’étais au volant après trente ans d’abstention, j’étais seule dans les rues sur un trajet comportant une descente vertigineuse à mes yeux et mon garage conçu dans les proportions de mon mari, constituait un tour de force pour y pénétrer. J’aurais dû faire graver cette date ! Bizarrement je ne ressentis aucune satisfaction, j’avais réussi tout en ayant peine à le croire. Je ne m’arrêtai plus , cependant j’avoue avoir perdu la confiance de mes vingt ans.
Dans la semaine qui suivi mon retour mémorable à la maison, je fus obligée d’assister à une réunion importante. J’y allai bien sûr, motorisée par moi-même. je reçus des compliments sur mon acquisition, et tout le monde crut qu’il alla de soi que je conduise. Il se mit à tomber une averse tandis que nous étions encore en réunion. Mais à partir de ce moment je ne suivis plus rien, suppliant en mon for intérieur que les flots cessent. La nuit s’en venait augmentant mes appréhensions. En partant pour ses études mon benjamin m’avait mise en garde contre la pluie. ” Ne sors pas sous la pluie, les rues sont défoncées tu ne verras pas les trous et tu pourrais frapper ton engin. De plus le déferlement d’immondices dans les rues gênerait ta conduite “.
Je dus défier la pluie et la nuit, deux obstacles majeurs en une fois. Cela devenait presque une habitude de relever les défis au pluriel ! Quand j’atteignis la maison, mon frein à main toujours enclenché, avait passablement brûlé. je me sentis coupable de négligence ce qui ternit un peu cette grande victoire de ma vie. Heureusement ce ne fut pas la dernière ! (à suivre)
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Quand mon frère revint en séjour quelques années plus tard, il ne fit aucun commentaire sur mon abandon, cependant il mit sa Land-Rover à notre disposition, libérant ainsi la Jetta qui vieillissait. Ce fut le benjamin des garçons qui me fit prendre conscience de la réalité : mon cadet marié, s’apprêtait à laisser lui aussi le pays ; le troisième irait à l’université dans la république voisine, dans quelques mois. Je n’aurai que ma fille avec moi avec l’obligation de la conduire à l’école mais surtout le moment était venu de me prendre en charge complètement. Le service de transport avait mis fin à ses services, la propriètaire s’étant exilée au départ d’un de nos ex-récents présidents. La Jetta n’en pouvant plus avait été liquidée. Il ne restait que la voiture de Vergniaud à notre service. Mais pour combien de temps ?
” Manmy, comment iras-tu à ton travail et que feras-tu de ma soeur? Tu vas te retrouver handicapée et à la merci des camionnettes avec tous les inconvénients qu’ils offrent ; de plus tu ne seras jamais à l’heure “. Ce dernier argument eut raison de ma réticence, car je détestais être en retard. Il me décida à reprendre avec lui les cours de conduite. Dès le lendemain, je m’embarquai dans la Land-Rover pour les retrouvailles avec le volant. J’eus exactement la même attitude que la toute première fois avec mon aîné, je filai gentiment dans la barrière du voisin incapable de freiner, sans trop de dégats heureusement. Je fis acheter une Nissan automatique à Miami et je payai les services d’un professsionnel. Cette fois, c’était to be or not to be car j’avais un délai d’apprentissage strict auquel j’avais consenti. J’atteignais mes cinquante ans ! Il m’avait fallu presque trente ans pour me réveiller. Notre créateur nous accorde ainsi l’éternité pour nous parfaire, mais devons nous perdre toutes les années qui nous sont allouées dans le vide de notre ignorance ? N’avons nous pas le devoir envers nous-mêmes d’avancer sans retard dans notre apprentissage pour nous obtenir l’abondance que nous méritons ?! J’aurais pu utiliser ces années au mieux de mes possibilités, puisque l’avenir prouva que j’en étais largement capable !
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